Château Cazebonne
SAINT-PIERRE-DE-MONS
À Saint-Pierre-de-Mons, dans les Graves, Jean-Baptiste Duquesne reprend Cazebonne en 2016 avec un projet qui dépasse largement la restauration d’un domaine viticole. Son ambition est de retrouver une partie de ce qu’était Bordeaux avant que son vignoble ne se standardise : ses cépages oubliés, ses pratiques et une diversité que le phylloxéra puis les choix du XXe siècle ont largement fait disparaître.
Le domaine compte aujourd’hui environ 40 hectares, répartis entre graves, sables et sols argilo-calcaires. Les vignes sont conduites en agriculture biologique et biodynamique, avec une volonté d’intervenir le moins possible en cave : levures indigènes, peu de soufre et des vinifications adaptées aux différentes parcelles et cépages. Derrière Jean-Baptiste, une équipe menée à la vigne par David Poutays accompagne quotidiennement cette transformation du domaine.
Mais ce qui rend Cazebonne réellement singulier se trouve probablement dans ses parcelles conservatoires. Au XIXe siècle, l’encépagement bordelais était beaucoup plus diversifié qu’aujourd’hui. À partir d’anciens ouvrages ampélographiques, Jean-Baptiste et son équipe ont entrepris de retrouver puis replanter des cépages presque disparus de Bordeaux : Castets, Saint-Macaire, Bouchalès, Jurançon noir et bien d’autres. Un travail mené avec des pépiniéristes et des spécialistes pour remettre progressivement ces variétés dans les vignes — et dans les bouteilles.
Ce n’est pas seulement un exercice historique. Ces cépages apportent des profils aromatiques, des acidités et des maturités différentes, particulièrement intéressants alors que le vignoble doit aussi s’adapter à un climat plus chaud. Les cuvées issues de ce travail permettent ainsi de goûter quelque chose qui avait pratiquement disparu : une autre expression de Bordeaux, construite avec une partie de son patrimoine végétal oublié.
Cazebonne occupe une place particulière dans notre sélection. Nous aimons évidemment les vins, mais aussi la démarche qui se trouve derrière : ne pas considérer l’histoire comme quelque chose à reproduire à l’identique, mais comme une source pour imaginer la suite. Un Bordeaux curieux, vivant et parfois inattendu, très loin des clichés que l’appellation peut encore traîner avec elle.